Mardi 16 février 2 16 /02 /Fév 18:54
http://www.leparisien.fr/images/2009/12/16/746844_sucy.jpg      Il est légitime de se demander si les récents actes de violence commis au sein de différents établissements scolaires appartiennent à une nouvelle forme de délinquance, ou s'ils sont simplement plus médiatisés qu'auparavant. Sans préjuger de la réponse à apporter, nul doute que l'appareil politico-médiatique a plus que rempli son rôle. Plus que d'informer sur ce réel problème de violence juvénile, les médias semblent vouloir en faire leur fonds de commerce actuel. Le phénomène nous est présenté comme nouveau, donc surprenant.
      Qu'en est-il réellement? Il est ici intéressant de se pencher sur les chiffres.  Élaborées par la Direction Centrale de la Sécurité Publique, les premières statistiques générales sur la violence à l'école datent en France de 1994. La période 1994-1997 est marquée par une augmentation très modérée des actes de violence «  envers les élèves » et « envers les personnels ». Surtout, le nombre d'actes recensés demeure limité. En 1997, les violences « envers les élèves », les plus nombreuses, ont concerné moins de 1500 élèves. Rapportée au nombre d'élèves, cette violence scolaire est très inférieure à celle que connaît la société des adultes

L'enseignant, cible privilégiée?

       Sur les 80 000 incidents signalés en 2004-2005, 12 586 ont pour victime un enseignant, soit 15.7 %. Les violences envers les professeurs ne représentent donc qu'un pourcentage limité de la violence dite scolaire. Une question tout à fait centrale est celle de la gravité de ces violences. L'indicateur le plus pertinent est le dépôt de plainte. Globalement, le recours à la plainte est très peu fréquent. Les 12 586 incidents dont ont été victimes les professeurs en 2004-2005 n'ont débouché au dépôt que de 173 plaintes (soit moins de 1,5 %). On retrouve encore une fois les ordres de grandeur publiés par la Direction Centrale de la Sécurité Publique en 1997.

      La probabilité de porter plainte est directement en rapport avec le type d'incidents. Lorsqu'il s'agit d'une violence physique avec armes ou « arme par destination » (par exemple, une chaise), le taux de plainte dépasse 30 %.  Il en est tout autrement des « insultes ou menaces graves » : les 10 039 cas recensés en 2004-5005 ont seulement fait aboutir huit dépôts de plainte. Ce pourcentage est finalement extrêmement faible.L'univers culturel du professeur n'est pas celui du jeune de banlieue. L'injure pour le premier est un mot déplacé pour le second. La mise en statistique de la violence scolaire est souvent une comptabilisation de malentendus linguistiques.

 

Disparités selon le type d'établissement

 

      Un certain nombre d'établissements, 8 % exactement, probablement les moins concernés objectivement et subjectivement par les violences scolaires, n'ont jamais recours au logiciel SIGNA. Et 15 % répondent à l'enquête annuelle en ne signalant aucun incident. Au total, sur 7900 établissements, 1800, soient 23 %, ne semblent pas du tout concernés par la question de la violence scolaire. Il existe donc une très grande disparité des situations.

      Les actes de violence recensés sont directement en rapport avec le type d'établissement. Le nombre moyen d'incidents concerne 1 % des élèves dans les lycées ; 3 % dans les collèges ; 3,5% dans les lycées professionnels ; 12,9% dans les EREA (Établissement régional d'enseignement adapté). Le rapprochement n'a pas été réalisé dans les statistiques ministérielles, mais il est facile à établir et particulièrement instructif. Le nombre moyen d'incidents augmente de façon continue avec la proportion d'enfants d'ouvriers et de chômeurs scolarisés dans chaque type d'établissement : 24,2 % en lycée ; 36,2 % en collège ; 49,9 % dans l'enseignement professionnel ; 65 % dans les EREA.

      Une dernière façon de contrôler la relation entre le public d'origine populaire et le nombre d'actes de violence recensés est de focaliser l'attention sur la situation des établissements en ZEP (zones d'éducation prioritaire) ou REP (réseau d'éducation prioritaire). Si on s'intéresse aux 5 % des établissements qui signalent le plus d'actes de violence, 41 % sont en ZEP ou REP alors qu'il ne représente qu’un établissement sur six. Il existe donc une forte concentration des actes de violence dans certains établissements dans lesquels la proportion d'enfants d'origine populaire est la plus élevée.

 

Pourquoi une telle exposition ?

 

      Les enseignants n'hésitent plus à utiliser les médias dans le bras de fer qui les oppose à l'administration lors des mouvements sociaux (grèves, occupations...). Par ailleurs, le ministère se sert des médias comme "support" pour des "publi-reportages" sur les principaux axes de sa politique. Que ce soit pour les classes relais, les mesures de prévention, ou la mise en place de nouveautés pédagogiques. D'où ce double jeu pervers, où tout le monde accuse les médias d'en rajouter, mais chacun essayant de s'en servir dans ses propres stratégies. Ainsi, en cas de faits divers, alors que la hiérarchie de l'éducation nationale (Recteur, Inspecteur d'académie) donne aux chefs d'établissements la consigne de ne pas communiquer, obligeant les journalistes à se rabattre sur les micro-trottoirs, les enseignants, pour leur part , s'offusquent que les journalistes n'aient retenu de leurs déclarations que ce qui concerne la violence. Cette tentation utilitariste semble oublier que les médias doivent faire face à des contraintes matérielles très fortes dans un marché hyper concurrentiel. De ce point de vue, une actualité dont le traitement favorise un préformatage et une scénarisation comme la violence à l'école répond aux exigences de rapidité et d'efficacité, réduisant le niveau de "parasitage" chez l'auditeur ou le téléspectateur, ce dernier intégrant le fait divers dans une problématique plus large : celle de l'augmentation de l'insécurité ou de la délinquance des mineurs.

 

  M.S.

 

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Par M.S. - Publié dans : Société
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